Les dirigeants réunis au sommet du G20 en Afrique du Sud ont tiré la sonnette d’alarme : alors que les conflits géopolitiques s’intensifient et que l’ordre mondial connaît une transformation rapide, la pertinence et l’efficacité du groupe seraient sérieusement menacées.
Créé à la fin des années 1990 et institutionnalisé après la crise financière de 2008, le G20 se veut un pilier du multilatéralisme, fondé sur la coopération et la coordination entre les principales économies du monde. Mais les deux dernières décennies ont profondément changé les rapports de force internationaux.
Le premier ministre du Canada, Mark Carney, a évoqué une période de « rupture » dans l’ordre mondial, affirmant que les États éprouvent de plus en plus de difficulté à s’entendre sur les grandes crises internationales.
Le président français Emmanuel Macron a lui aussi averti que le G20 pourrait arriver « au terme d’un cycle ».
Une absence américaine qui isole Washington — et resserre les rangs des autres membres
L’absence totale des États-Unis — aucun représentant n’ayant été dépêché par le président Donald Trump — a suscité des doutes sur la cohésion mondiale. Mais pour plusieurs dirigeants, elle a paradoxalement renforcé la solidarité entre les pays présents.
La ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, a mis de l’avant l’adoption rapide d’une déclaration consensuelle dès l’ouverture du sommet, qu’elle décrit comme un « signe fort du multilatéralisme ».
En marge des discussions officielles, une douzaine de pays, dont le Canada, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Japon, se sont concertés pour répondre à ce que le président ukrainien Volodymyr Zelensky décrit comme l’un des moments les plus difficiles pour son pays. Trump a donné à Kyiv jusqu’à jeudi pour accepter son plan de paix, largement perçu comme favorable à la Russie.
Dans une déclaration commune, les alliés ont dit « accueillir » les efforts américains tout en soulignant que plusieurs éléments de l’ébauche « nécessitent un travail supplémentaire », notamment en ce qui concerne la réduction de l’armée ukrainienne et les changements territoriaux imposés par la force.
Des alliances renouvelées : une fenêtre d’opportunité pour les puissances intermédiaires
Le retrait progressif des États-Unis dans une logique « America First » pousse des pays comme le Canada à renforcer leurs réseaux commerciaux et leurs partenariats stratégiques.
Carney a rappelé que les pays représentés au sommet comptent pour les deux tiers du PIB mondial et les trois quarts du commerce international.
Le premier ministre a annoncé un investissement de 90 milliards de dollars provenant des Émirats arabes unis, dont 23 milliards destinés à des projets précis au Canada. Ottawa a également lancé des pourparlers pour un accord d’investissement avec l’Afrique du Sud et rouvert la voie vers un accord commercial avec l’Inde.
Carney a aussi rencontré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ainsi que le premier ministre vietnamien Phạm Minh Chính, dans le but d’explorer un éventuel partenariat reliant les blocs économiques de l’Indopacifique et de l’Union européenne.
« Relier deux des plus grands blocs commerciaux du monde permettra d’accroître les échanges, de stimuler l’investissement et de renforcer la coopération dans des secteurs comme l’énergie et l’intelligence artificielle », a-t-il affirmé.
Un G20 en mutation
Bien que la présidence américaine l’an prochain risque de réduire la portée du sommet, la tenue des éditions 2027 et 2028 au Royaume-Uni et en Corée du Sud rassure quant à la stabilité à court terme de l’organisation.
Les défenseurs du multilatéralisme soutiennent que celui-ci n’est pas en déclin, mais en transformation. Selon Carney, une économie mondiale longtemps définie par la concentration du capital et du pouvoir sera, au cours du prochain siècle, remodelée par une « diffusion de l’influence et de l’énergie ».
Dans cette nouvelle configuration, il estime que des pays comme le Canada auront un rôle accru à jouer au sein de mécanismes multilatéraux « capables de fonctionner pour tous ».


