CUSMA : Le Canada lance ses consultations après que l’ambassadeur américain écarte un accord plus vaste

L’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra, a affirmé mardi que, du moins pour l’instant, un accord plus large entre Washington et Ottawa était « hors de question ». Cette déclaration intervient peu avant que le Canada ne dévoile son intention de lancer ses propres consultations sur l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (CUSMA) dans les prochains jours.

Washington a entamé la semaine dernière le processus de révision de cet accord commercial nord-américain, en annonçant la tenue de consultations publiques sur ses effets sur les cinq dernières années. Cette initiative lance une procédure de plusieurs mois et ouvre la voie à des négociations formelles sur la révision du CUSMA, qui pourraient débuter au début de 2026.

Pour Pete Hoekstra, cette démarche est une conséquence évidente : les espoirs d’un accord plus ambitieux que le CUSMA ont été déçus. « Nous espérions ne pas seulement renégocier le CUSMA, mais l’étendre à bien d’autres domaines — le commerce, l’énergie, l’industrie automobile, la défense nucléaire… », a-t-il déclaré lors d’un discours au Conseil international du Canada. « Mais il est clair, du moins pour l’instant, que cela ne se produira pas. » Ces consultations permettront toutefois aux Américains de transmettre leurs commentaires au gouvernement fédéral, afin de définir la forme que prendra le CUSMA révisé.

Ottawa prépare son offensive consultationnelle

Sur le côté canadien, le bureau du ministre du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, a confirmé que le gouvernement allait bientôt publier un avis officiel invitant le public à exprimer ses opinions sur le CUSMA. Pour préparer cette révision, Ottawa entendra notamment les leaders industriels, les gouvernements provinciaux et territoriaux, ainsi que les partenaires autochtones — une étape clé pour aligner les intérêts de tous les acteurs concernés.

La réaction du ministre des Finances, François-Philippe Champagne, à l’annonce de Pete Hoekstra a été mesurée. « Après que les États-Unis ont tourné le dos au Canada avec leurs tarifs, nous avions proposé un partenariat économique et de sécurité », a-t-il rappelé, faisant référence aux droits de douane de 50 % toujours en vigueur sur les importations de fonte et d’aluminium. « Nous avons été actifs, proactifs et positifs dans nos échanges avec l’administration américaine depuis le début — notre priorité reste de protéger les intérêts des Canadiens. »

Du grand accord au « petit pas » : la stratégie canadienne évolue

Cette annonce sur le CUSMA intervient dans un contexte de recomposition des relations économiques entre Ottawa et Washington. Le premier ministre Mark Carney, qui avait initialement cherché à conclure un nouveau partenariat de sécurité et d’économie avec les États-Unis, a indiqué ce mois-ci que son gouvernement se concentrait désormais sur une série d’accords plus petits — destinés à aider les secteurs durement touchés par les tarifs de Donald Trump. Il a par ailleurs confirmé que ses équipes préparaient activement la révision du CUSMA, en anticipant les enjeux de la négociation à venir.

Interrogé lundi par le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, sur l’état des négociations avec Washington, M. Carney a précisé qu’il avait eu un échange téléphonique avec Donald Trump le week-end dernier, et que les deux hommes maintenaient un contact régulier, y compris par messages texte. « C’est un homme moderne », a-t-il déclaré en français à l’Assemblée nationale, qualifiant les relations entre le Canada et les États-Unis de « bonnes », tout en reconnaissant « des difficultés et des revers inévitables dans un partenariat aussi étroit ».

Mexico se joint au processus, et Ottawa se tourne vers le Sud

Parallèlement, l’administration Trump a publié mercredi un avis fédéral sollicitant des commentaires sur une possible extension de la liste de produits en fonte et en aluminium visés par les tarifs de 50 %. Un mouvement qui rappelle que les tensions commerciales entre Ottawa et Washington ne sont pas résolues, et que le dossier des tarifs reste un point sensible dans les échanges bilatéraux.

De son côté, le Mexique a annoncé mercredi son propre lancement de consultations publiques sur le CUSMA. Le secrétaire économique mexicain, Marcelo Ebrard, a publié une vidéo en ligne confirmant cette démarche — un engagement obligatoire pour les trois pays signataires, qui doivent procéder à une révision conjointe de l’accord six ans après sa mise en œuvre, conformément à une clause négociée lors du premier mandat de Donald Trump.

Dans ce contexte, Mark Carney et plusieurs ministres se rendront jeudi au Mexique pour renforcer les liens entre les deux pays. Un voyage largement perçu comme une tentative d’ancrer le soutien mexicain avant le lancement officiel des négociations sur la révision du CUSMA — un atout précieux dans les prochaines discussions avec Washington, où la coordination entre Ottawa et Mexico pourrait peser sur l’issue des échanges.

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