Le gouvernement du Québec a annoncé vendredi une réforme majeure de l’organisation des soins de première ligne : chaque Québécois sera désormais affilié à un centre local de services communautaires (CLSC) de son territoire afin de bénéficier d’une prise en charge de proximité. Cette mesure constitue la pièce maîtresse de la nouvelle Politique gouvernementale sur les soins et services de première ligne, dévoilée par la ministre de la Santé, Sonia Bélanger.
« Pour concrétiser notre vision d’une première ligne proche de la communauté, nous allons faire en sorte que les CLSC puissent redevenir une porte d’entrée physique pour l’accès en première ligne pour toutes les personnes qui en auront besoin », a déclaré la ministre en point de presse, ajoutant que les CLSC représentent « une fierté québécoise, une idée fondatrice de notre système public ».

La politique gouvernementale dresse un portrait critique des groupes de médecine de famille (GMF), soulignant que le taux d’inscription des patients a plafonné à 82 % en 2019 avant de décliner. Le document reconnaît que le modèle des GMF « apparaît aujourd’hui peu adapté à certaines réalités régionales » et demeure « largement structuré autour de la capacité d’inscription des médecins de famille, plutôt que sur les besoins réels et évolutifs de la population ».
Le gouvernement admet que les médecins de famille ne peuvent plus assumer seuls la responsabilité de répondre à l’ensemble des besoins de la population. Avec les CLSC, les pharmacies et d’autres points de services, la responsabilité sera mieux répartie entre les différents professionnels de la santé. C’est l’agence Santé Québec qui pilotera la mise en œuvre concrète de cette vision.

Toutefois, des questions subsistent sur la portée réelle de cette réforme. Un patient habitué à se tourner vers l’urgence ne pourra vraisemblablement pas se présenter au CLSC dans l’espoir d’être soigné plus rapidement. Au mieux, il sera évalué et redirigé vers un autre point de services. Pour les problèmes psychosociaux, en revanche, les CLSC offriront un accompagnement direct.
« Les GMF vont être là pour faire de la prise en charge, du rendez-vous et du sans-rendez-vous. Les CLSC, on est dans autre chose. Un CLSC, c’est vraiment là pour l’organisation des services de santé primaire, santé mentale, soutien à domicile, jeunesse, santé maternelle, infantile », a précisé Mme Bélanger.
Les réactions des acteurs du réseau de la santé sont mitigées. Le Collège des médecins du Québec voit d’un bon œil le décloisonnement des responsabilités, mais se dit « très déçu » que la politique ne prévoie pas une association spécifique entre le patient et un médecin ou une infirmière praticienne spécialisée (IPS), un élément jugé essentiel à la continuité des soins.

Le Regroupement provincial des comités des usagers estime que l’intention est louable, mais dénonce l’échéancier. « Les usagers du réseau ne peuvent pas se permettre d’attendre une décennie complète avant d’en voir les effets concrets », a-t-il déclaré dans un communiqué. La Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) prévient quant à elle que « les CLSC ne doivent pas simplement devenir un nouveau guichet d’accès ».
Le premier ministre François Legault, de passage à Saint-Hyacinthe, a appuyé la réforme en soulignant que « depuis une vingtaine d’années, tous les rapports en santé indiquent que la résolution des problèmes du réseau doit passer par la première ligne ». Par ailleurs, le gouvernement a annoncé le déploiement de huit nouvelles cliniques IPS et prévoit ajouter une centaine de portes d’entrée intégrées dans les cinq prochaines années, pour un total de 205 points d’accès répartis dans l’ensemble des régions du Québec.
Si l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec s’est montré élogieux — affirmant qu’il aurait « peine à faire mieux » — la plupart des observateurs rappellent que le véritable test sera la mise en œuvre concrète d’une politique qui arrive en fin de mandat gouvernemental.
Source: Radio-Canada, Ministère de la Santé du Québec


