Le gouvernement Carney face à des défis diplomatiques et économiques majeurs

Toronto, 24 mars — Alors que Mark Carney parcourt le monde pour établir de nouvelles alliances commerciales, des critiques s’élèvent concernant son silence sur les droits de la personne dans ses engagements diplomatiques récents, soulignant les défis délicats auxquels fait face le nouveau gouvernement libéral.

Toronto Skyline

Depuis sa prise de fonction en mars 2025, M. Carney a effectué des visites rapides à Washington, Bruxelles et Tokyo, cherchant à diversifier les partenariats économiques du Canada au-delà de sa dépendance historique envers les États-Unis. Ces déplacements ont produit des déclarations d’intention commerciales, mais peu d’engagements concrets sur les questions de droits humains.

“Nous assistons à une approche transactionnelle de la politique étrangère qui évite les questions difficiles”, déclare Roland Paris, ancien conseiller en politique étrangère du premier ministre Trudeau et professeur à l’Université d’Ottawa. “C’est compréhensible étant donné les urgences économiques, mais cela érode la position traditionnelle du Canada comme défenseur des droits de la personne.”

Commerce international

Lors de sa visite à Tokyo la semaine dernière, M. Carney a signé un accord de coopération économique élargie avec le Japon sans aborder publiquement les restrictions récentes imposées par Tokyo aux droits des travailleurs étrangers. De même, son entretien avec des responsables européens à Bruxelles a évité la question des accords commerciaux de l’UE avec des nations aux dossiers contestés en matière de droits humains.

Le gouvernement défend cette approche comme une nécessité pragmatique face aux menaces économiques immédiates. “Nous ne pouvons pas nous permettre de nous isoler alors que notre économie fait face à des pressions sans précédent”, a déclaré la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly lors d’un point de presse mardi. “Nous continuons de soulever les questions de droits de la personne par des canaux appropriés.”

Relations économiques

Les données commerciales justifient en partie l’urgence de M. Carney. Les exportations canadiennes vers les marchés non américains ont augmenté de 8% au premier trimestre 2025, mais les économistes avertissent que la substitution commerciale complète prendra des années, voire des décennies.

L’approche diplomatique de M. Carney marque un changement notable par rapport à celle de son prédécesseur. Justin Trudeau avait régulièrement intégré les questions de droits humains dans ses déclarations publiques internationales, parfois au détriment des relations commerciales. L’administration Trump avait imposé des tarifs punitifs sur certains produits canadiens suite aux critiques de Trudeau sur les politiques migratoires américaines.

“Le premier ministre Carney a clairement décidé que l’économie prime sur l’idéologie”, note l’ancien ambassadeur du Canada en Chine Guy Saint-Jacques. “C’est un calcul risqué qui pourrait porter ses fruits économiquement tout en affaiblissant l’influence du Canada sur la scène mondiale.”

Les organisations de défense des droits humains expriment une préoccupation croissante. Amnistie internationale Canada a publié mardi une lettre ouverte appelant M. Carney à “retrouver sa voix” sur les questions de droits humains dans ses engagements commerciaux. Human Rights Watch a quant à elle critiqué le silence du Canada sur les violations des droits des travailleurs dans plusieurs pays avec lesquels Ottawa négocie actuellement des accords commerciaux.

Le défi est particulièrement aigu concernant la Chine, le deuxième partenaire commercial du Canada. M. Carney a reporté une visite prévue à Pékin, mais des responsables gouvernementaux confirment que des discussions commerciales se poursuivent par des canaux indirects. La question de savoir comment le Canada peut approfondir les liens économiques avec Pékin tout en maintenant sa critique des violations des droits humains reste sans réponse claire.

“Il doit y avoir un équilibre”, insiste Margarete Batsch, présidente du Centre canadien pour la justice internationale. “L’histoire montre que les pays qui abandonnent leurs principes pour des gains commerciaux à court terme finissent par perdre les deux.”

Source: Bureau du premier ministre; Affaires mondiales Canada; Institut de recherche en politique publique

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